Programmes de recherche site de Tarbes
Equipe : La recherche par l’art
Etat des lieux 2019  - Programmes de recherche en cours

ORGANISATION DES PROGRAMMES PAR AXES DE RECHERCHE


- Axe / art et nature 
Parc et Pics 
Sprite 
Nouvelle saison 

- Axe / art et histoire de l’art 
Copies Conformes 

- Axe / céramique-médium 
Céramique sale 



Axe : art et nature 
Programme de recherche Parc et Pics 
Marjorie Thébault, Juliette Valéry

L’ÉCOLE SUPÉRIEURE D’ART DES PYRÉNÉES ET LE PARC NATIONAL DES PYRÉNÉES 
L’École supérieure d’art des Pyrénées propose dans cet axe de recherche d’explorer et de mettre à l’épreuve les rapports de création que l’art peut entretenir aujourd’hui avec la nature, et plus particulièrement ici avec la montagne. Cette recherche veut s’inscrire dans un questionnement contemporain, à l’ère de l’anthropocène et défend l’idée que l’expérience artistique peut favoriser l’évolution de notre relation à la nature/paysage. Elle inscrit cette démarche selon deux directions : une expérience de renouvellement du regard et une attention particulière à penser le monde en fonction de ses transformations environnementales et globales. Dans cette optique un partenariat avec le Parc National des Pyrénées paraît aller de soi. En 2010- 2011, suite au projet de recherche engagé avec l’Observatoire astronomique du Pic du Midi, l’équipe pédagogique de L’École supérieure d'art des Pyrénées/Tarbes, avait souhaité associer l’ensemble de ses projets dans une plateforme de recherche collective consacrée au thème de l’observation et du regard, en convoquant l’histoire de l’art depuis ses origines et l’univers des sciences. Elle souhaitait ainsi provoquer une réflexion aux enjeux pluriels: éthiques, esthétiques ou anthropologiques...Certaines de ces approches s’inscrivaient localement dans un échange avec la région et ses acteurs. La rencontre entre l’ÉSA des Pyrénées et le Parc National s’inscrit naturellement dans cette logique. 

Le rapport de l’art à la nature en Occident notre rapport à la nature est une construction mentale, perspectiviste, autoritaire et d’appropriation. La confusion des notions de nature et de paysage dans notre culture, l’impact d’une tradition picturale, romantique ou mystique, tient à distance une expérience sensible de la nature, de même que le concept de nature comme entité indépendante néglige la temporalité et oublie l’impact de l’humanité que pointent les inquiétudes écologiques. Comment mener une réflexion sur l’évolution nécessaire du concept occidental de nature ? Comment déplacer notre regard créatif et artistique d’un registre de la domination et de l’autorité vers celui d’un partage et du vivre, celui d’une expérience sensible ? Comment les artistes peuvent- ils s’emparer de cette question, par quelles expériences ? Conscient de l’urgence écologique, l’art doit accompagner ces problématiques et transformer ses modes de vision. Bien sûr, nombreux artistes ont déjà engagé ces mutations. Poser ce questionnement au sein d’un milieu protégé revient à mener une réflexion sur le fondement et l’identité des parcs nationaux. La situation de l’Ecole des Pyrénées à Tarbes comme à Pau, au pied des montagnes qui sont l’attrait de la région, donne à ce projet une acuité particulière. 

TAILLER DES MARCHES 
Éviter. Sortir d’une pensée du paysage et de la nature devenue une notion marketing, comprendre que la nature est un espace d’échange, de vivre. L’idée d’un espace de préservation entretient cette relation primaire avec l’environnement naturel et situe ce rapport en termes de conflit : exploitation / préservation (Timothy Morton, Ecology without Nature). Or il s’agit de reconstruire un espace de partage qui soit celui d’une cohabitation, du respect des écosystèmes et des équilibres naturels. L’art ne parle pas en ces termes exactement mais en termes de représentation, en volume, en image. 

SAISONS 
Les programmes de recherche ont un impact très grand sur une école. Ils s’appuient d’abord sur les engagements des étudiants de second cycle qui dialoguent déjà avec ces questionnements. Ceux-là s’investissent pleinement dans ces projets mais l’implication d’étudiants plus jeunes dès la fin du premier cycle permet une évolution et un approfondissement de la recherche que seul le temps autorise. L’expérience menée pendant plusieurs années avec le programme Sky to Sky a prouvé combien ces projets nourrissent les étudiants et irriguent une école tant dans les démarches de production que dans la pédagogie. A la fin de leurs études certains étudiants manifestent le désir de prolonger leur engagement dans ce cadre. L’axe de recherche proposé vise à développer une recherche active dans la longue histoire du rapport à la nature et dans l’intention de renouveler ce dialogue. Elle se construit dans l’expérimentation. Dans l’audace que peut porter la créativité de jeunes artistes dont la perception de la nature éloignée de tout romantisme s’ancre dans la société contemporaine. Que ce programme vise à produire des pièces et à provoquer des chantiers donnant lieu à des expériences pédagogiques nous semble une évidence, qu’il se traduise par des expositions et des événements sans être des simulations mais de véritables expériences publiques donne toute la mesure des engagements des étudiants et des enseignants.



Axe : art et nature 2017-2019 
Programme de recherche subventionné par la DGCA 
Sprite Explorations des phénomènes visuels transitionnels 
Elsa Mazeau, Guillaume Poulain, & Lucia Sagradini

L’OBJET DE LA RECHERCHE 

Ce nouveau projet s’inscrit dans L’Observatoire des regards. En signant un partenariat avec la Régie du Pic du Midi, et l’Observatoire Midi Pyrénées, l’ESA - site de Tarbes a développé un programme de recherche qui incite à explorer le monde par une appréhension sensorielle accrue où, sans exclure l’apport ou l’interaction de tous les sens, l’observation est posée au centre de l’expérience. Dans l’idée de poursuivre ce travail de recherche, cristallisé par le projet Sky to Sky, l’Ecole Supérieure d’Art des Pyrénées propose une recherche axée sur un champ d’expérimentations visuelles, plastiques et scientifiques. L’objet du programme de recherche est tourné vers une exploration du phénomène de la foudre, phénomène naturel et spectaculaire qui se produit lors de l’accumulation d’électricité statique entre des nuages ou entre terre et nuage. Cette recherche peut aussi se comprendre comme une reprise ou un écho du travail de Walter De Maria et de Lighting Field. Ce désir de mesurer le temps par l’insaisissable. Ce programme de recherche force ainsi les possibilités des chercheurs à s’adapter à leur objet d’étude marqué par l’impossibilité de maîtrise. Par ricochet, ce parti pris conduit ce programme de recherche aux bords de ce qu’est l’art. Il est donc aussi une recherche sur la définition même de ce qu’est aujourd’hui la forme artistique. La foudre a pour première qualité de séparer, de créer des différences. La foudre est d’ailleurs le motif choisi par Deleuze pour aborder la question de la différence dans Différence et répétition. A la suite de quoi, la qualité de la recherche va aussi être de déplacer le groupe constitué de chercheurs, les lignes de chacun, scientifique devenant artiste, artiste devenant scientifique. Ce programme érode les contours établis de chacun des champs et de chaque chercheur. Ce programme de recherche a ainsi pour intention de travailler en accompagnant les questionnements actuels, reconsidérant la « crise » avec les moyens propres au champ artistique. Une manière de sortir de la fascination, du regard foudroyé, par un ordre du monde de plus en plus meurtrier ou meurtri. Sprite se propose de se mettre ainsi en écho aux tensions du monde. Sprite est une recherche sur la force de transformation et de bouleversement qui lie problématique politique, écologique et artistique dans un même geste de recherche. Ce qui conduit aussi la recherche a se cristallisé autour de déplacements : en Grèce et au Portugal. 



Axe : art et nature 2018-19 
Programme « Nouvelle saison » 
François Cortès, Projet de recherche 

« Nouvelle saison » fait suite au parcours artistique collectif « Chapitre#1 » mené en 2016/17 sur le site de/et en collaboration avec la Maison de l'eau de Jû-Belloc en bordure de L’Adour. Ce projet a pour but de confronter et mettre en relation un groupe d’étudiant.e.s avec : un territoire, des paysage, un terrain, un milieu, des écosystèmes, afin de susciter une réflexion sur des questions environnementales, écologiques, écosophiques ; et nécessairement sur la question du vivant et de l’interaction, ou pas, avec un milieu. Et par la suite, de comment se saisir et articuler ces questions, pour les introduire dans un questionnement et une production plastiques. En profitant de la situation exceptionnelle du site, « La Maison de l'eau est situé à Jû-belloc près de Plaisance-du-Gers. Inauguré en 2005, ce projet porté par l'Institution Adour s'articule autour de trois fonctions principales : un centre de ressources sur l'eau et ses enjeux qui proposent des animations environnement, des formations à destination des élus et des techniciens rivière, une information plus générale sur l'eau ; un site naturel de 100 hectares traversé par le fleuve Adour, composé d'un ensemble de milieux remarquables (bras morts, forêts alluviales, anciens bassins d'extraction...) ; un pôle structurant des acteurs de l'eau sur le territoire (techniciens rivières, secrétariat des syndicats de rivière, chargée de mission Natura 2000, chargé de mission Sentier de l'Adour). » Il s’agit dans ce projet de recherche d’ouvrir les étudiants à des questions d’actualité mais dans une relation à une situation concrète pour réussir à dégager de nouvelles approches tant des pratiques artistiques qu’écologiques, et de chercher à créer une situation d’échange entre les différents acteurs pouvant aller jusqu’à la métamorphose.



Axe : art et histoire de l’art 2018-19
Programme : Copies conformes Exploration d'un corpus inavouable de copies et d'un musée imaginaire 
Philippe Fangeaux, Guillaume Poulain, Lucia Sagradini  

Projet 

L'École supérieure d'art des Pyrénées propose de réaliser un programme de recherche en partenariat avec le Musée des Beaux-Arts de Tarbes sur deux ans, de 2018 à 2020. En effet, le dialogue et les relations étroites entretenues par l'école et le musée ont permis aux artistes et enseignants de l'école de découvrir que le musée avait au fil des années constituer un corpus d'images, et plus précisément de copies. Il s'agit d'un corpus « inavouable mais rêvé » de reproductions très soignées, à petite échelle et réalisées en peinture, qui portent les aspirations et les modèles à la fois vernaculaires et scientifiques d'une certaine idée de notre rapport à l'art et au musée. Cette découverte, d'une collection si singulière, dormant depuis plusieurs dizaines d'années à l'ombre des réserves, est le fruit d'une rencontre entre les deux institutions, mais surtout, elle offre la possibilité de re-parcourir une série de questions qui habitent l'histoire de l'art et les pratiques actuelles et dont nous pouvons dégager une première direction essentielle : la relation de l'original et de la copie. Reprenant la réflexion développée par André Malraux, dans Le Musée imaginaire, ce programme de recherche est ainsi l'occasion de reprendre la question du pouvoir de la reproduction et de sa capacité à rejouer et à agir sur la conception même de l'art. Inspiré par le projet de Malraux, ce programme se propose de découvrir « le trésor » que porte cette inavouable et invraisemblable collection de copies. Ainsi, il s'agit de dégager un objet de recherche et de l'aborder par la spécificité du champ artistique. Dans la veine de l'auteur, il sera ainsi question de construire des confrontations et des rapprochements afin de construire des formes inédites dont l'enjeu essentiel est de poursuivre un dialogue qui permette de penser et de rejouer ce qui fonde l'art par la réalisation d'objets imprévus. Dans Le Musée imaginaire, Malraux souligne tout à la fois le pouvoir de la copie et la nécessité de penser les formes écartées et méprisées ; cette collection du Musée des Beaux-Arts de Tarbes s'inscrit dans la catégorie de ces objets qu'il incite à saisir en les arrachant à leur contexte de conditions. Pour ce faire, ce programme de recherche va concerner tous les médiums et les pratiques engagées aujourd'hui dans une école d'art, en invitant l'école et ses étudiants à travailler autour d'une collection et d'une intention cachée, celle de constituer son propre musée, un musée imaginaire fait de faux chef d'œuvres, mais aussi d'éléments hétéroclites, de fragments et de reprises, de non objet comme le dit elle-même Mme Zapata sa conservatrice à propos de la partie art et tradition populaire aujourd’hui cantonnée aux réserves . Un programme de recherche ouvrant aux étudiants et à l'école dans son entier des pistes de travail et de réflexion, nourries du caractère exceptionnel de l'histoire de cette curieuse collection, à l'origine même de cette recherche. S'inscrit alors au cœur de cette démarche les « relations honteuses » de l'art. Le questionnement du copier c'est créer ? Tout en réactivant l'ambition historique mais aujourd'hui anachronique à l'origine de la création des musées de Tarbes. Des démarches artistiques comme celle de Bacon reprenant Vélasquez ou plus près de nous, Gasiorowski avec ces croûtes et son Lascaux et le projet Fabiola de Francis Alÿs, ces démarches signalent bien combien la copie innerve les pratiques artistiques et les renouvelle. Ce projet de recherche ouvre ainsi la voie à un travail où les échos, résonances d'une pratique artistique, d'un travail, d'une image traversent et dépassent une compréhension linéaire du temps, et viennent aussi créer des collapses temporelles et des rencontres qui permettent aux formes artistiques de s'étoffer, de se considérer, et de s’éclairer tout en élargissant le spectre même du champ comme le souhaitait André Malraux. Mais le choix d’évoquer ces artistes et leur lien avec la reproduction ouvre aussi une piste : celle de l’obsession, comment la rencontre avec une image (originale ou copie) ouvre aussi à un travail autour de l’acharnement à voir et à reprendre une image. Si le contemporain est bien celui qui perçoit l'obscurité du présent de son temps, comment ne pas envisager que, par sa présence en creux au cœur de la collection, ce corpus de copies, conservées dans l'ombre des réserves depuis bien des années, n'interroge la dimension intempestive qui relie une école d'art aujourd'hui à un Musée des Beaux-arts. Ce programme de recherche se conçoit en forme d'aller-retour, de navette, entre musée rêvé et musée réel, entre copie et original, entre norme et marge, entre objet et œuvre, bricolage et savoir-faire, technique et trouvaille, sous cet angle il interrogera aussi les questions soulevées par G. DidiHuberman à propos de Duchamp dans « La ressemblance par contact » ou encore avec Rancière les questions de partage du sensible ..Dans cette logique le programme « Copies Conformes » envisage également d’initier un programme d’exposition à partir des « non objets » du Musée 1. Ainsi, il permet de prendre à bras le corps un sujet de recherche qui, sans lui, resterait caché, écarté, oublié, comme cela est le cas depuis de entrés nombreuses années.  



Axe : céramique 2017-2019 
Programme Céramique sale 
Nicolas Daubanes 
Projet de recherche 

Dans l’articulation à Céramique funk, lancé par Jim Fauvet, en 2016, avec Céramique sale, il s’agit de poursuivre un travail de recherche qui met le médium au cœur d’un dispositif d’exploration. L’association de la céramique à l’idée de « sale » permet ainsi de se poser dans une opposition à son antonyme « propre », qui viendrait recouvrir un univers de règles, de savoir- faire, et même de respect de la technique ou de la tradition. Céramique sale est ainsi un programme qui veut placer le périphérique, l’accidentel et l’inattendu au centre de la recherche. Rendre à la matière son caractère « indomptable », la faire sortir de ses gonds. Retrouver la problématique shakespearienne du temps qui « déraille » - Time is out of his joint, Hamlet (p.12). Ce faisant, il s’agit également d’entraîner des déplacements dans la manière d’approcher le médium, et parfois de rencontrer la violence. Cette recherche va alors choisir de s’appuyer sur la construction d’un groupe hétérogène d’étudiant.e.s, ayant des relations variées à la céramique, allant de l’absence de relation à la grande intimité au médium. La constitution du groupe participe à nourrir les recherches. Pour cette première année de recherche, 2017-2018, la visée est d’approcher et de considérer « la brique » comme objet de recherche, un objet pour ainsi dire matriciel, comme le signale Aristote, la brique est la première forme donnée, elle cristallise la mise en forme humaine. Et comme Farocki l’a montré dans Zum Vergleich, elle est aussi signe d’organisation humaine, porteuse de formes sociales. Pour l’année 2018-2019, la brique devient objet lancé, et le sale peut aussi se tendre vers la question politique. Barricade et pavé croiseront l’univers « feutré » de la céramique pour continuer à la travailler du côté du « sale » tout en y apportant une amplification par la question politique ou sociale. Céramique sale est un programme de recherche qui a choisi d’explorer la « plasticité » d’un médium dans une perspective artistique tout en permettant des rapprochements avec l’école d’ingénieurs de Tarbes, des théoriciens des sciences politiques, des rencontres qui relèvent des associations de pensées et des trajectoires que peut entraîner le « mauvais usage » de la céramique. C’est aussi l’occasion de repenser la question même de l’objet dans l’art et de la manière dont il participe à un monde commun. 

Programmes de recherche site de Tarbes Equipe La recherche par l’art Etat des lieux 2019 Programmes de recherche en cours ORGANISATION DES PROGRAMMES PAR AXES DE RECHERCHE Axe / art et nature Parc et Pics Sprite Nouvelle saison Axe / art et histoire de l’art Copies Conformes Axe / céramique-médium Céramique sale Axe : art et nature Programme de recherche Parc et Pics Marjorie Thébault, Juliette Valéry L’ECOLE SUPÉRIEURE D’ART DES PYRÉNÉES ET LE PARC NATIONAL DES PYRÉNÉES L’école supérieure d’art des Pyrénées propose dans cet axe de recherche d’explorer et de mettre à l’épreuve les rapports de création que l’art peut entretenir aujourd’hui avec la nature, et plus particulièrement ici avec la montagne. Cette recherche veut s’inscrire dans un questionnement contemporain, à l’ère de l’anthropocène et défend l’idée que l’expérience artistique peut favoriser l’évolution de notre relation à la nature/paysage. Elle inscrit cette démarche selon deux directions : une expérience de renouvellement du regard et une attention particulière à penser le monde en fonction de ses transformations environnementales et globales. Dans cette optique un partenariat avec le Parc National des Pyrénées paraît aller de soi. En 2010- 2011, suite au projet de recherche engagé avec l’Observatoire astronomique du Pic du Midi, l’équipe pédagogique de L’École supérieure d'art des Pyrénées/Tarbes, avait souhaité associer l’ensemble de ses projets dans une plateforme de recherche collective consacrée au thème de l’observation et du regard, en convoquant l’histoire de l’art depuis ses origines et l’univers des sciences. Elle souhaitait ainsi provoquer une réflexion aux enjeux pluriels: éthiques, esthétiques ou anthropologiques...Certaines de ces approches s’inscrivaient localement dans un échange avec la région et ses acteurs. La rencontre entre l’ESA des Pyrénées et le Parc National s’inscrit naturellement dans cette logique. Le rapport de l’art à la nature en Occident notre rapport à la nature est une construction mentale, perspectiviste, autoritaire et d’appropriation. La confusion des notions de nature et de paysage dans notre culture, l’impact d’une tradition picturale, romantique ou mystique, tient à distance une expérience sensible de la nature, de même que le concept de nature comme entité indépendante néglige la temporalité et oublie l’impact de l’humanité que pointent les inquiétudes écologiques. Comment mener une réflexion sur l’évolution nécessaire du concept occidental de nature ? Comment déplacer notre regard créatif et artistique d’un registre de la domination et de l’autorité vers celui d’un partage et du vivre, celui d’une expérience sensible ? Comment les artistes peuvent- ils s’emparer de cette question, par quelles expériences ? Conscient de l’urgence écologique, l’art doit accompagner ces problématiques et transformer ses modes de vision. Bien sûr, nombreux artistes ont déjà engagé ces mutations. Poser ce questionnement au sein d’un milieu protégé revient à mener une réflexion sur le fondement et l’identité des parcs nationaux. La situation de l’Ecole des Pyrénées à Tarbes comme à Pau, au pied des montagnes qui sont l’attrait de la région, donne à ce projet une acuité particulière. TAILLER DES MARCHES Eviter. Sortir d’une pensée du paysage et de la nature devenue une notion marketing, comprendre que la nature est un espace d’échange, de vivre. L’idée d’un espace de préservation entretient cette relation primaire avec l’environnement naturel et situe ce rapport en termes de conflit : exploitation / préservation (Timothy Morton, Ecology without Nature). Or il s’agit de reconstruire un espace de partage qui soit celui d’une cohabitation, du respect des écosystèmes et des équilibres naturels. L’art ne parle pas en ces termes exactement mais en termes de représentation, en volume, en image. SAISONS Les programmes de recherche ont un impact très grand sur une école. Ils s’appuient d’abord sur les engagements des étudiants de second cycle qui dialoguent déjà avec ces questionnements. Ceux-là s’investissent pleinement dans ces projets mais l’implication d’étudiants plus jeunes dès la fin du premier cycle permet une évolution et un approfondissement de la recherche que seul le temps autorise. L’expérience menée pendant plusieurs années avec le programme Sky to Sky a prouvé combien ces projets nourrissent les étudiants et irriguent une école tant dans les démarches de production que dans la pédagogie. A la fin de leurs études certains étudiants manifestent le désir de prolonger leur engagement dans ce cadre. L’axe de recherche proposé vise à développer une recherche active dans la longue histoire du rapport à la nature et dans l’intention de renouveler ce dialogue. Elle se construit dans l’expérimentation. Dans l’audace que peut porter la créativité de jeunes artistes dont la perception de la nature éloignée de tout romantisme s’ancre dans la société contemporaine. Que ce programme vise à produire des pièces et à provoquer des chantiers donnant lieu à des expériences pédagogiques nous semble une évidence, qu’il se traduise par des expositions et des événements sans être des simulations mais de véritables expériences publiques donne toute la mesure des engagements des étudiants et des enseignants. Axe : art et nature 2017-2019 Programme de recherche subventionné par la DGCA Sprite Explorations des phénomènes visuels transitionnels Elsa Mazeau, Guillaume Poulain, & Lucia Sagradini L’OBJET DE LA RECHERCHE Ce nouveau projet s’inscrit dans L’Observatoire des regards. En signant un partenariat avec la Régie du Pic du Midi, et l’Observatoire Midi Pyrénées, l’ESA - site de Tarbes a développé un programme de recherche qui incite à explorer le monde par une appréhension sensorielle accrue où, sans exclure l’apport ou l’interaction de tous les sens, l’observation est posée au centre de l’expérience. Dans l’idée de poursuivre ce travail de recherche, cristallisé par le projet Sky to Sky, l’Ecole Supérieure d’Art des Pyrénées propose une recherche axée sur un champ d’expérimentations visuelles, plastiques et scientifiques. L’objet du programme de recherche est tourné vers une exploration du phénomène de la foudre, phénomène naturel et spectaculaire qui se produit lors de l’accumulation d’électricité statique entre des nuages ou entre terre et nuage. Cette recherche peut aussi se comprendre comme une reprise ou un écho du travail de Walter De Maria et de Lighting Field. Ce désir de mesurer le temps par l’insaisissable. Ce programme de recherche force ainsi les possibilités des chercheurs à s’adapter à leur objet d’étude marqué par l’impossibilité de maîtrise. Par ricochet, ce parti pris conduit ce programme de recherche aux bords de ce qu’est l’art. Il est donc aussi une recherche sur la définition même de ce qu’est aujourd’hui la forme artistique. La foudre a pour première qualité de séparer, de créer des différences. La foudre est d’ailleurs le motif choisi par Deleuze pour aborder la question de la différence dans Différence et répétition. A la suite de quoi, la qualité de la recherche va aussi être de déplacer le groupe constitué de chercheurs, les lignes de chacun, scientifique devenant artiste, artiste devenant scientifique. Ce programme érode les contours établis de chacun des champs et de chaque chercheur. Ce programme de recherche a ainsi pour intention de travailler en accompagnant les questionnements actuels, reconsidérant la « crise » avec les moyens propres au champ artistique. Une manière de sortir de la fascination, du regard foudroyé, par un ordre du monde de plus en plus meurtrier ou meurtri. Sprite se propose de se mettre ainsi en écho aux tensions du monde. Sprite est une recherche sur la force de transformation et de bouleversement qui lie problématique politique, écologique et artistique dans un même geste de recherche. Ce qui conduit aussi la recherche a se cristallisé autour de déplacements : en Grèce et au Portugal. 2018-19 Axe : art et nature Programme « Nouvelle saison » François Cortès, Projet de recherche « Nouvelle saison » fait suite au parcours artistique collectif « Chapitre#1 » mené en 2016/17 sur le site de/et en collaboration avec la Maison de l'eau de Jû-Belloc en bordure de L’Adour. Ce projet a pour but de confronter et mettre en relation un groupe d’étudiant.e.s avec : un territoire, des paysage, un terrain, un milieu, des écosystèmes, afin de susciter une réflexion sur des questions environnementales, écologiques, écosophiques ; et nécessairement sur la question du vivant et de l’interaction, ou pas, avec un milieu. Et par la suite, de comment se saisir et articuler ces questions, pour les introduire dans un questionnement et une production plastiques. En profitant de la situation exceptionnelle du site, « La Maison de l'eau est situé à Jû-belloc près de Plaisance-du-Gers. Inauguré en 2005, ce projet porté par l'Institution Adour s'articule autour de trois fonctions principales : un centre de ressources sur l'eau et ses enjeux qui proposent des animations environnement, des formations à destination des élus et des techniciens rivière, une information plus générale sur l'eau ; un site naturel de 100 hectares traversé par le fleuve Adour, composé d'un ensemble de milieux remarquables (bras morts, forêts alluviales, anciens bassins d'extraction...) ; un pôle structurant des acteurs de l'eau sur le territoire (techniciens rivières, secrétariat des syndicats de rivière, chargée de mission Natura 2000, chargé de mission Sentier de l'Adour). » Il s’agit dans ce projet de recherche d’ouvrir les étudiants à des questions d’actualité mais dans une relation à une situation concrète pour réussir à dégager de nouvelles approches tant des pratiques artistiques qu’écologiques, et de chercher à créer une situation d’échange entre les différents acteurs pouvant aller jusqu’à la métamorphose. Axe : art et histoire de l’art 2018-19 Programme : Copies conformes Exploration d'un corpus inavouable de copies et d'un musée imaginaire Philippe Fangeaux, Guillaume Poulain, Lucia Sagradini Projet L'Ecole Supérieur d'Art des Pyrénées propose de réaliser un programme de recherche en partenariat avec le Musée des Beaux-Arts de Tarbes sur deux ans, de 2018 à 2020. En effet, le dialogue et les relations étroites entretenues par l'école et le musée ont permis aux artistes et enseignants de l'école de découvrir que le musée avait au fil des années constituer un corpus d'images, et plus précisément de copies. Il s'agit d'un corpus « inavouable mais rêvé » de reproductions très soignées, à petite échelle et réalisées en peinture, qui portent les aspirations et les modèles à la fois vernaculaires et scientifiques d'une certaine idée de notre rapport à l'art et au musée. Cette découverte, d'une collection si singulière, dormant depuis plusieurs dizaines d'années à l'ombre des réserves, est le fruit d'une rencontre entre les deux institutions, mais surtout, elle offre la possibilité de re-parcourir une série de questions qui habitent l'histoire de l'art et les pratiques actuelles et dont nous pouvons dégager une première direction essentielle : la relation de l'original et de la copie. Reprenant la réflexion développée par André Malraux, dans Le Musée imaginaire, ce programme de recherche est ainsi l'occasion de reprendre la question du pouvoir de la reproduction et de sa capacité à rejouer et à agir sur la conception même de l'art. Inspiré par le projet de Malraux, ce programme se propose de découvrir « le trésor » que porte cette inavouable et invraisemblable collection de copies. Ainsi, il s'agit de dégager un objet de recherche et de l'aborder par la spécificité du champ artistique. Dans la veine de l'auteur, il sera ainsi question de construire des confrontations et des rapprochements afin de construire des formes inédites dont l'enjeu essentiel est de poursuivre un dialogue qui permette de penser et de rejouer ce qui fonde l'art par la réalisation d'objets imprévus. Dans Le Musée imaginaire, Malraux souligne tout à la fois le pouvoir de la copie et la nécessité de penser les formes écartées et méprisées ; cette collection du Musée des Beaux-Arts de Tarbes s'inscrit dans la catégorie de ces objets qu'il incite à saisir en les arrachant à leur contexte de conditions. Pour ce faire, ce programme de recherche va concerner tous les médiums et les pratiques engagées aujourd'hui dans une école d'art, en invitant l'école et ses étudiants à travailler autour d'une collection et d'une intention cachée, celle de constituer son propre musée, un musée imaginaire fait de faux chef d'œuvres, mais aussi d'éléments hétéroclites, de fragments et de reprises, de non objet comme le dit elle-même Mme Zapata sa conservatrice à propos de la partie art et tradition populaire aujourd’hui cantonnée aux réserves . Un programme de recherche ouvrant aux étudiants et à l'école dans son entier des pistes de travail et de réflexion, nourries du caractère exceptionnel de l'histoire de cette curieuse collection, à l'origine même de cette recherche. S'inscrit alors au cœur de cette démarche les « relations honteuses » de l'art. Le questionnement du copier c'est créer ? Tout en réactivant l'ambition historique mais aujourd'hui anachronique à l'origine de la création des musées de Tarbes. Des démarches artistiques comme celle de Bacon reprenant Vélasquez ou plus près de nous, Gasiorowski avec ces croûtes et son Lascaux et le projet Fabiola de Francis Alÿs, ces démarches signalent bien combien la copie innerve les pratiques artistiques et les renouvelle. Ce projet de recherche ouvre ainsi la voie à un travail où les échos, résonances d'une pratique artistique, d'un travail, d'une image traversent et dépassent une compréhension linéaire du temps, et viennent aussi créer des collapses temporelles et des rencontres qui permettent aux formes artistiques de s'étoffer, de se considérer, et de s’éclairer tout en élargissant le spectre même du champ comme le souhaitait André Malraux. Mais le choix d’évoquer ces artistes et leur lien avec la reproduction ouvre aussi une piste : celle de l’obsession, comment la rencontre avec une image (originale ou copie) ouvre aussi à un travail autour de l’acharnement à voir et à reprendre une image. Si le contemporain est bien celui qui perçoit l'obscurité du présent de son temps, comment ne pas envisager que, par sa présence en creux au cœur de la collection, ce corpus de copies, conservées dans l'ombre des réserves depuis bien des années, n'interroge la dimension intempestive qui relie une école d'art aujourd'hui à un Musée des Beaux-arts. Ce programme de recherche se conçoit en forme d'aller-retour, de navette, entre musée rêvé et musée réel, entre copie et original, entre norme et marge, entre objet et œuvre, bricolage et savoir-faire, technique et trouvaille, sous cet angle il interrogera aussi les questions soulevées par G. DidiHuberman à propos de Duchamp dans « La ressemblance par contact » ou encore avec Rancière les questions de partage du sensible ..Dans cette logique le programme « Copies Conformes » envisage également d’initier un programme d’exposition à partir des « non objets » du Musée 1. Ainsi, il permet de prendre à bras le corps un sujet de recherche qui, sans lui, resterait caché, écarté, oublié, comme cela est le cas depuis de entrés nombreuses années. Axe : céramique 2017-2019 Programme Céramique sale Nicolas Daubanes Projet de recherche Dans l’articulation à Céramique funk, lancé par Jim Fauvet, en 2016, avec Céramique sale, il s’agit de poursuivre un travail de recherche qui met le médium au cœur d’un dispositif d’exploration. L’association de la céramique à l’idée de « sale » permet ainsi de se poser dans une opposition à son antonyme « propre », qui viendrait recouvrir un univers de règles, de savoir- faire, et même de respect de la technique ou de la tradition. Céramique sale est ainsi un programme qui veut placer le périphérique, l’accidentel et l’inattendu au centre de la recherche. Rendre à la matière son caractère « indomptable », la faire sortir de ses gonds. Retrouver la problématique shakespearienne du temps qui « déraille » - Time is out of his joint, Hamlet (p.12). Ce faisant, il s’agit également d’entraîner des déplacements dans la manière d’approcher le médium, et parfois de rencontrer la violence. Cette recherche va alors choisir de s’appuyer sur la construction d’un groupe hétérogène d’étudiant.e.s, ayant des relations variées à la céramique, allant de l’absence de relation à la grande intimité au médium. La constitution du groupe participe à nourrir les recherches. Pour cette première année de recherche, 2017-2018, la visée est d’approcher et de considérer « la brique » comme objet de recherche, un objet pour ainsi dire matriciel, comme le signale Aristote, la brique est la première forme donnée, elle cristallise la mise en forme humaine. Et comme Farocki l’a montré dans Zum Vergleich, elle est aussi signe d’organisation humaine, porteuse de formes sociales. Pour l’année 2018-2019, la brique devient objet lancé, et le sale peut aussi se tendre vers la question politique. Barricade et pavé croiseront l’univers « feutré » de la céramique pour continuer à la travailler du côté du « sale » tout en y apportant une amplification par la question politique ou sociale. Céramique sale est un programme de recherche qui a choisi d’explorer la « plasticité » d’un médium dans une perspective artistique tout en permettant des rapprochements avec l’école d’ingénieurs de Tarbes, des théoriciens des sciences politiques, des rencontres qui relèvent des associations de pensées et des trajectoires que peut entraîner le « mauvais usage » de la céramique. C’est aussi l’occasion de repenser la question même de l’objet dans l’art et de la manière dont il participe à un monde commun.