Workshop son avec Daniel DESHAYS


Du 11 au 15 mars 2019
Site de Tarbes



Conférence de Daniel DESHAYS - spécialiste d'études du sonore - Lundi 11 mars à 16h30 sur le site de Tarbes 

On n’a rien entendu ! Tel est le constat que l’on doit faire à la sortie d’une projection. Si les images perdurent en nous, les sons se sont déjà envolés. Demeure peut-être une ritournelle, guère plus… Pourtant notre corps a été bouleversé. Par quoi ?

Au cinéma tout se vit globalement, c’est le synchronisme unissant les images et les sons qui, par son formidable pouvoir fusionnel, nous tient à l’écart d’une conscience de l’existence séparée des deux constituants du cinéma.

Etudier le son, cette face cachée, incite à comprendre d’abord les raisons de sa disparition. Nous ne sommes pourtant pas si sourd ; pourquoi cet objet est-il si peu considéré par le public, les critiques, voire les cinéastes eux-mêmes ? Car de l’usage du son, il n’en va pas de même pour chaque réalisateur et si certains s’en occupent plus que d’autres, il n’est pas pour autant de vocabulaire commun. Le son de Tati n’est pas le son de Godard, celui de Tarkovski n’est pas celui de Robbe-Grillet. C’est que chacun doit le constituer spécifiquement, l’inventer, oserais-je dire le bricoler. Chaque film appelle à son invention sonore mais paradoxalement, dans toute l’œuvre d’un cinéaste, un ou deux films seulement peuvent avoir été pensés du point de vue du son. Et si, depuis 1929, tous les films sont sonores, tous ne nous livrent pas les mêmes richesses. C’est en écoutant un large panel d’extraits que se révèlera la diversité des approches. Le son, agent secret est le convertisseur des images. La projection nous fera vite comprendre que c’est au film tout entier que bénéficie le travail effectué sur le son.

Si c’est la qualité sonore qui est en jeu, qualité ne signifie pas qualité technique ; même si lorsque l’on convoque le son on croit devoir parler de technologie. Il ne s’agit nullement de lisibilité, mais de l’intelligence de la construction, de l’« écriture du son » , puisque de ce point de vue des films anciens bâtis sous des technologies sommaires n’offrent pas moins de richesses que les réalisations sonores de films récents.

Mais à propos, à qui revient la réalisation sonore d’un film ? A la longue chaîne des techniciens qui se succèdent ou au réalisateur ? Reste à comprendre comment ces bandes son sont agencées en regard des images ? Pour cela il faut revenir aux fondamentaux de l’écoute, car c’est en eux que se cachent les règles de la perception. Et si réaliser le son c’est donner à entendre, c’est par la désignation, spécifiquement dosée, que le parcours d’écoute du spectateur pourra plus profondément s’accomplir. Comment désigner avec cette foison chaotique que ramène le micro ? Celle que chacun subit lors de l’écoute des images saisies au moyen de son petit caméscope. Là apparaît l’impérieuse nécessité d’un démontage de la réalité sonore, avant que puisse s’opérer une méticuleuse reconstruction. A cet endroit, là où la puissance des sons côtoie leur presque rien, et surtout dans ce presque rien que nous recevons, que nous sentons en nous comme une perception tactile, se tient, secret, le lieu du partage du sensible.

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Workshop Son avec Daniel Deshays

du 11 au 15 mars 2019

Le projet vise à offrir, aux étudiants désireux de mieux comprendre l’apport du son dans leurs travaux, une approche transversale de la question sonore (vidéo, performances, installations).

La première journée est consacrée à l’observation des conditions d’existence et d’emploi du son en partant de la relation son/image dans la réalisation cinématographique et des variables de sa construction. Suivront des journées dédiées à la prise de son directe, à l’écoute et la reconstruction d’une forme sonore autonome ou liée à des images.

   

Biographie 

Réalisateur sonore, professeur des Universités, directeur de recherches, essayiste et conférencier. Il travaille depuis plus de quarante années l’écriture du son pour le théâtre (185 pièces), la musique (250 disques) et le cinéma (101 films). Il a notamment travaillé avec Chantal Akerman, François Caillat, Jean-Michel Carré, Henri Colomer, Richard Coppans, Philippe Garrel, Robert Kramer, Yann Lemasson, Tariq Teguia.

Il a fondé le département de Conception sonore à l'école nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT), enseigne régulièrement à la Fémis, membre des Ateliers Varan et du Grec, Masters et formations professionnelles. Il a aussi enseigné à l’ENSAD, à Sciences Po et dix années à l'Ecole des Beaux Arts de Paris où il développa une approche de la plasticité du sonore.

Essais publiés : Pour une écriture du son (2006), Entendre le cinéma (2010), Sous l’avidité de mon oreille (2018) aux éditions Klincksieck et Libertés d’écoute, Hippocampe Éditions (à paraître Mai 2019).


Photo : " Daniel Deshays avec Ornette Coleman "


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